Actu J : Votre récente tournée a été visée par des appels au boycott et des tentatives de perturbation. Comment avez-vous traversé cette période ?
Amir : J’ai très vite décidé de ne pas entrer dans un dialogue qui n’en était pas un. Quand on refuse toute discussion et qu’on s’installe dans la violence, il n’y a pas grand-chose à construire. Je me suis recentré sur ma place d’artiste. Mon énergie, je préfère la consacrer à ceux qui viennent pour la musique.
Dans les faits, la réalité était simple : les salles étaient pleines. La plus grosse manifestation rassemblait à peine une vingtaine de personnes. Le bruit a été fort sur les réseaux sociaux, mais dans la vraie vie, je suis entouré d’un public de paix.
Actu J : Vous avez parfois eu le sentiment d’être visé non pour ce que vous faisiez, mais pour ce que vous êtes ?
Amir : Oui. À partir du moment où, parce que je suis israélien et juif, je deviendrais l’ennemi de quelqu’un… Je n’ai pas voulu entrer dans ce débat. Je suis un artiste. Je chante des émotions. Je refuse qu’on m’enferme dans une étiquette.
Actu J : Votre chanson Supernova, hommage aux victimes du 7_Octobre, a été interprétée par certains comme un soutien politique. Est-ce le signe que, dans le climat actuel, toute expression liée à Israël est immédiatement soupçonnée ?
Amir : C’est un amalgame. Supernova est un hommage à des innocents venus célébrer la vie. C’était un geste humain, rien d’autre. Certains ont voulu y projeter autre chose, mais cela reste marginal. Je refuse de donner à ces lectures plus d’importance qu’elles n’en ont.
Actu J : Avez-vous senti un soutien particulier du public ?
Amir : Oui. Tous les soirs, il y avait des messages de paix, des standing ovations. J’ai eu l’impression que le public répondait par encore plus d’amour.
Et cette fraternité, je la vis réellement : j’ai écrit l’essentiel de mon répertoire avec Nazim, un musulman que je considère comme mon frère. Cette réalité-là est bien plus forte que toutes les caricatures.
Actu J : On vous a récemment vu dans la série «La belle et le boulanger » diffusée sur TF1 et vous jouez également dans une autre série, Unconditional. Qu’est-ce que la comédie vous apporte que la musique ne permet pas ?
Amir : Ce sont deux disciplines très différentes et complémentaires. En tant que chanteur, l’artiste et l’homme ne font qu’un. Sur scène, je suis moi. En tant que comédien, je me métamorphose. Je me compose une nouvelle identité, un nouveau langage, une autre façon d’aimer. C’est extrêmement enrichissant. Et je me suis rendu compte que le comédien nourrit le chanteur, notamment dans la narration et la précision de l’interprétation.
Actu J : Vous devez vous produire le 18 juin à Tel Aviv. Que représente ce concert pour vous ?
Amir : Beaucoup d’émotion. Cela faisait des années qu’on me demandait quand je monterais sur scène là-bas. Puis lorsque Omer Adam est venu chanter en France en janvier, il m’a invité à monter sur scène avec lui. Ce moment de partage, devant son public, a été très fort. J’ai ressenti quelque chose de très particulier : une attente, une chaleur, un lien. Cela m’a sans doute donné l’élan définitif pour franchir le pas et organiser enfin ce concert à Tel Aviv.
Chanter à Tel Aviv est d’autant plus symbolique que c’est là, il y a douze ans, que j’ai passé mon premier casting pour The Voice, depuis mon appartement. À l’époque, je ne pouvais évidemment pas imaginer la suite. Revenir aujourd’hui pour chanter devant des milliers de personnes, dans cette ville où tout a commencé pour moi, c’est une boucle qui se referme. Une manière de dire merci — à la ville, au public, et au chemin parcouru.
Actu J : En douze ans, votre trajectoire a été fulgurante. Pourtant, vous semblez être porté par une grande stabilité intérieure.
Amir : Cela fait partie de mon tempérament, mais surtout de l’éducation que j’ai reçue. Je suis entré dans ce métier à 30 ans, avec déjà un parcours professionnel et une famille. On ne vit pas ce bouleversement de la même manière. Ce monde est magique, mais il peut aussi être inique, déstabilisant, donner l’impression que l’on est plus que ce que l’on est.
Moi, j’ai toujours gardé un certain recul. Je me considère privilégié d’avoir eu une construction familiale solide avant la notoriété. Si mon histoire dure, c’est beaucoup grâce à ce que mes parents m’ont transmis : des traditions, des valeurs familiales importantes, un enracinement. Je suis profondément attaché à cela. Ma famille est mon centre de gravité. C’est elle qui me rappelle qui je suis vraiment. Et c’est sans doute pour cela que je reste debout, quoi qu’il arrive.
Propos recueillis par Laetitia Enriquez
Son actu :
.Depuis le 8 mai, on le retrouve dans la série « Unconditional », thriller israélien de Keshet International, disponible Apple TV +
.Nommé au grade de chevalier dans l’ordre national du Mérite, tant pour saluer son parcours artistique que ses combats. Il devrait prochainement être décoré par la ministre en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé.
L.E.