Comment cette technologie révolutionnaire a-t-elle vu le jour ?
Gil Hakim : Il y a trois ans, le Pr.Tal Dvir, directeur du Centre Sagol de biotechnologie régénérative de l’université de Tel Aviv, a créé un prototype de moelle épinière sur mesure en 3D. Greffé sur des souris paralysées, certaines ont pu rebouger les pattes et d’autres ont remarché. Au premier semestre 2025, le ministère de la Santé a autorisé des essais compassionnels sur huit patients volontaires. Le premier greffon sera implanté sur un Israélien. Pour la première fois au monde, un chirurgien utilisera les cellules autologues d'un patient pour réparer la moelle épinière. Cela pouvait se pratiquer jusqu’ici pour le rein, le cœur ou le foie. C’est une étape-clé entre la recherche pionnière sur des modèles animaux et la concrétisation d’un traitement pour des patients humains.
Quels sont les enjeux ?
G.H. : Ils sont immenses ! Les lésions de la moelle épinière sont une cause majeure d’incapacité de longue durée. L’OMS recense plus de 15 millions de personnes paralysées dans le monde qui risquent de développer des affections secondaires graves et de mourir prématurément. Avec le vieillissement croissant de la population dans les pays occidentaux, les lésions de la moelle épinière résultant de chutes vont devenir un problème de santé publique qui pourrait asphyxier les systèmes de santé. Mais les principales causes de lésions médullaires sont les accidents de la route, le sport, notamment le ski, les blessures de guerre, les accidents du travail. La moelle épinière fonctionne comme un câble électrique : elle transmet les signaux du cerveau vers l’organisme, dans les deux sens. Lorsqu’elle est sectionnée, la couche cicatricielle empêche les neurones de communiquer avec le corps. Ce traumatisme (il ne s’agit pas d’une maladie), est incurable car les neurones de la moelle épinière ne se régénèrent pas. Les blessés deviennent dépendants très jeunes et pour le restant de leur vie. Cela représente un coût astronomique moral et financier.