Portrait

Erella Atlan, la musique au coeur

Architecte de l’émotion qui relie ses racines séfarades à la modernité de la chanson française, Erella Atlan est une jeune artiste pour qui la musique s’inscrit comme un héritage vivant, un pont jeté entre l’intime et l’universel.

4 minutes
29 avril 2026

ParGérard Clech

Erella Atlan, la musique au coeur
(c) Katia Karenine

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Née à Paris 14ème, elle a grandi dans un univers où l'art est omniprésent. La grand-mère d’Erella par exemple est peintre. Son père, médecin, mélomane et musicien amateur, lui a transmis la musique, non comme un métier mais comme une richesse essentielle. Dès l'âge de 4 ans, elle s'assoit devant un piano. Le début d'une relation fusionnelle avec cet instrument qui va devenir sa « colonne vertébrale ». En dépit des inquiétudes légitimes de ses parents qui préféraient sans doute la voir emprunter un chemin d’études plus classique, sa vocation pour la musique emporte tout. Elle la décrit comme un « feu intérieur », indomptable.

À 17 ans, elle fait un choix radical : quitter le confort parisien pour s'installer en Israël. Pendant six ans, Erella Atlan s’immerge dans l’atmosphère de Jérusalem, dont elle intègre l’Académie de musique et de danse. Elle y étudie la composition classique et le jazz – elle en ressortira diplômée. Elle absorbe les contrastes d'une ville où les émotions affleurent à chaque coin de rue. Cet éloignement géographique lui permet de se construire loin du regard familial et de définir sa propre « patte » artistique.

Sa soif d'apprendre la mène ensuite sur le campus de Berklee (Valencia Campus). Elle y obtient en 2018 un master de composition de musique de film. Cette formation internationale de haut niveau, au contact de professeurs et d'étudiants du monde entier, affine sa vision professionnelle. Rentrée en France, elle se définit alors comme une « traductrice » du désir des réalisateurs, capable de transformer une image ou un mouvement de caméra en notes vibrantes. Depuis, elle a signé la musique d'une quinzaine de courts-métrages et documentaires, et même d'une comédie musicale. Elle dit aussi trouver dans la danse contemporaine, qu'elle pratique assidûment, une source d'inspiration pour le rythme de ses compositions.

C’est cependant dans son projet personnel, l’album Héritages, qu’Erella Atlan livre sa vérité la plus profonde. Onze titres en français, délivrés d’une voix douce, pour un disque pas encore disponible à ce jour car elle cherche à le sortir dans les meilleures conditions possibles, avec l’appui notamment de mécènes, comme elle a commencé à le faire avec le Centre National de la Musique et la Fondation Inter Fréquence. Il y a dans ses chansons une sorte de matière organique, puisée dans des siècles de vie de ses ancêtres en Algérie et en Tunisie. « Pour moi, dit-elle, l’héritage n’est pas un poids mort, mais une matière vivante, présente ». On y trouve aussi un souffle puissant venu du Maroc quand elle a découvert de manière fortuite la musique Gnawa.

Elle fait alors dialoguer le français - sa langue de cœur - avec des sonorités berbères, du oud ou encore une trompette à quatre pistons pour jouer les quarts de tons orientaux. Sa musique peut s’inscrire dans une lignée d’artistes comme Idan Raichel, aptes au dialogue des cultures sans perdre leur histoire. Au-delà, ses inspirations s’avèrent vastes : de la mélancolie de Barbara et Brel à la virtuosité d’Avishai Cohen.

Elle raconte que sa quête de perfection académique a récemment laissé place à une recherche de « joie» pure. Marquée par la dureté de l’époque et les traumatismes liés au 7-Octobre, Erella dit en effet avoir ressenti le besoin de contrebalancer sa mélancolie naturelle par le partage humain. Une force du collectif qu’elle retrouve notamment à travers les « Chabbat chantants » d’Anna Klarsfeld. Mais surtout, en dirigeant des orchestres symphoniques, moments qu’elle qualifie de « plus forts de sa vie ».

Si elle transmet sa passion en enseignant le piano et en animant des masterclass à Fontenay-aux-Roses - là où tout a commencé pour elle – Erella Atlan continue de composer seule, tel un cri viscéral, un exutoire nécessaire face au monde tel qu’il va. Avant de proposer de la découvrir un peu plus sur son site (www.erellaatlan.com) ou sur son compte Instragram (@erella.music), elle conclut : « Mon ambition est rester intuitive, de ne jamais cesser de créer des passerelles et de transformer chaque vibration sonore en un message de fraternité ».

(crédit photo: Katia Karenine)

Bio Express

  • 1994 : Naissance à Paris (14e)

  • 2011 : Entre à l’Académie de musique et de danse de Jérusalem

  • 2017 : Intègre le master de composition de musique de film à Berklee (Valencia Campus, Espagne)

  • 2019 : Première composition pour une musique de film en France

  • 2025 : Enregistre son premier album, Héritages et concerts live.

  • Livre de chevet : Belle du Seigneur d’Albert Cohen

  • Film préféré : Les Demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy

  • Héros : Maurice Ravel