Il a été l’un des principaux opérateurs – peut-être le principal opérateur - de la lutte en faveur de la réhabilitation du capitaine Dreyfus… Et pourtant, dans la chronique mainstream, son rôle a longtemps été oblitéré, sous-estimé, pris à la légère. Minoré.
Emblématique du « franco-judaïsme » ardent de l’époque, Bernard Lazare a été le journaliste et l’intellectuel engagé qui a établi les preuves de l’innocence de l’officier condamné et relégué à l’île du Diable. Un homme, son ami Charles Péguy, a su dès le premier jour l’immensité de son rôle.
Sans Lazare, et sans Péguy, – ne nous leurrons pas –, il n’y aurait sans doute pas eu d’Affaire Dreyfus, ni de protestation argumentée contre le déni de justice infligé à un militaire du seul fait qu’il était juif. En 1910, sept ans après sa mort, dans Notre Jeunesse, il lui a rendu un vibrant hommage : « Je ferai le portrait de Bernard Lazare ». Et il ajoute, dans une mélopée : « Il avait indéniablement des parties de saint, de sainteté ». Mieux : Péguy magnifie son ami en saint d’Israël : « Et quand je parle de saint, je ne suis pas suspect de parler par métaphore. Il avait une douceur, une bonté, une tendresse mystique, une égalité d’humeur, une expérience de l’amertume et de l’ingratitude, une digestion parfaite de l’amertume et de l’ingratitude une sorte de bonté à qui on n’en remontrait point, une sorte de bonté parfaitement renseignée et parfaitement apprise d’une profondeur incroyable. Comme une bonté à revendre. Il vécut et mourut pour eux comme un martyr. Il fut un prophète. Il était donc juste qu’on l’ensevelît prématurément dans le silence et dans l’oubli… »