Le RAJF a été fondé par Bernard Cahen, au lendemain de l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic. Quelle était sa vision à l’époque ?
Nathalie Attias : Nous devons un peu revenir sur le contexte historique. Longtemps, le barreau de Paris a été un milieu profondément conservateur et il faut le dire, traversé par une tradition antisémite. Jusqu’aux années 1990, il était rare qu’un Juif siège au Conseil de l’ordre, comme s’il existait un quota. Le tournant remonte au discours du président Chirac au Vel’ d’Hiv en 1995 sur la responsabilité de l’État français pendant la Shoah. Moins de deux ans plus tard, en 1997, au cours d’une séance historique du Conseil de l’ordre, les avocats Didier Dalin, Rémy Douarre, Étienne Tarride et Patrick Maisonneuve, à l’instigation de Francis Szpiner, ont menacé de démissionner si le barreau de Paris ne reconnaissait pas son rôle durant l’Occupation (il avait radié des avocats juifs, dont certains ont ensuite été déportés - Ndr). Cette pression interne a forcé le bktonnier de l’époque à enfin assumer ce passé. Sous l’impulsion de Julie Couturier, qui a décidé d’ouvrir ses archives, le musée du Barreau réalise depuis quelques années un travail remarquable pour parler des avocats juifs radiés déportés, tout comme de tous ceux qui ont résisté.
C’est donc dans ce contexte que le RAJF, fondé par Bernard Cahen quelques mois après l’attentat de la rue Copernic, a véritablement pris son essor… Bernard l’a présidé pendant quarante ans avant de passer le relais à Jean-Marc Fedida, lequel m’a demandé de lui succéder. Je suis la première femme à occuper cette fonction dans l’histoire de l’association et ce n’est pas anodin dans ce milieu majoritairement masculin. J’ai la chance d’être entourée d’une équipe d’avocats très engagés, et secondée par un bureau d’une efficacité redoutable, dont Hélène Bornstein qui est ma vice-présidente.
En quoi consiste votre expertise ?
N.A. : Le RAJF connaît particulièrement bien le fonctionnement du barreau, sa déontologie et les mécanismes disciplinaires. Concrètement, nous repérons les propos d’avocats ou d’élèves avocats qui relèvent de la haine anti-juive ou de l’apologie du terrorisme, y compris sur les réseaux sociaux, et nous les poursuivons en saisissant les bâtonniers partout en France. Nous leur disons : « votre membre viole les principes essentiels de la profession, vous devez agir ». Ces démarches aboutissent car des sanctions sont prononcées… En travaillant sur la discipline professionnelle, le RAJF contribue à renforcer l’éthique du barreau et de ce point de vue-là, notre action est complémentaire de celle des associations qui défendent les victimes et qui font un travail admirable.
Quelles actions souhaitez-vous renforcer ou mettre en place au sein du RAJF ?