Vous avez succédé, le 6 janvier, à Joël Mergui à la tête du Consistoire de Paris. Comment vivez-vous ce moment ?
David Amar : Avec beaucoup d’humilité et un profond sens des responsabilités. Je veux avant tout rendre un hommage sincère et appuyé à Joël Mergui. Pendant 20 ans, il a porté le Consistoire de Paris avec une implication totale, une énergie constante et un dévouement sans faille. Il a donné de son temps, de sa personne et souvent bien plus, pour servir la communauté juive, aussi bien dans les périodes de stabilité que dans des contextes complexes.
Le Consistoire de Paris n’est pas seulement une institution religieuse et administrative : c’est une maison, un repère. Le travail accompli par Joël Mergui a permis de préserver, structurer et faire vivre cette maison et je suis heureux de pouvoir continuer à bénéficier de son expérience puisqu'il reste président d’honneur. Il s’agit de notre responsabilité collective et je m’inscris pleinement dans cette continuité, avec un profond respect pour l’œuvre accomplie. Aujourd’hui, ma priorité absolue est l’unité. Une unité respectueuse des sensibilités, tournée vers l’action et l’intérêt général. Le Consistoire de Paris incarne tous les Juifs, sans suffixe. Nous devons être unis pour assurer la pérennité du judaïsme.
Quels défis voyez-vous se profiler ?
D.A. : La transformation engagée par Joël Mergui a été essentielle et structurante. Elle doit aujourd’hui se poursuivre et entrer dans une nouvelle phase : celle de l’accélération. Le Consistoire de Paris doit continuer à évoluer, à se moderniser dans son fonctionnement, tout en restant fidèle à ses valeurs. Il s'agit désormais de consolider les acquis, d’aller plus vite et plus loin dans la responsabilisation et la délégation. Cela suppose une gouvernance toujours plus claire, une répartition nette des rôles et, le cas échéant, une réforme des statuts. Gouverner, c’est déléguer, faire confiance et sécuriser les décisions dans l’intérêt collectif.
Encore faut-il être entouré des bonnes personnes…
D.A. : C’est le cas. Notre directeur général, Serge Yattah, a structuré et organisé l’institution avec un souci constant du collectif. À ce titre, il a renforcé les pôles existants, notamment afin de développer la proximité avec les communautés, d’accompagner l’essor de la cacherout du Bet Din et de renforcer notre communication. Par ailleurs, les 26 administrateurs élus sont pour la première fois issus du même regroupement AJC et comptent des talents et des énergies complémentaires. Cette combinaison entre professionnels et bénévoles engagés constitue un facteur déterminant de réussite.
Comment allez-vous mettre en œuvre le plan de redressement financier du Consistoire de Paris ?
D.A. : Il sera mené parallèlement à un plan de restructuration afin de rendre l’organisation plus lisible et de disposer d’indicateurs de pilotage précis. Je veux un Consistoire de 3aris efficace et très proche du terrain. Nous allons également compléter les compétences internes de nos administrateurs et de nos permanents, en associant des experts du numérique, de la cacherout, de la communication, de la finance et de la stratégie. Un collège de donateurs jouera, lui aussi, un rôle clé dans la prise de décision et la levée de fonds. Il s’agit de donner au Consistoire de Paris toute sa force et son rayonnement en assurant le financement de ses projets.
Comment espérez-vous parvenir à préserver l’institution ?
D.A. : Il est essentiel de fixer le budget de chaque communauté en début d’année. Dès le mois prochain, je rencontrerai, avec le trésorier Pascal Karsenti, chacune d’entre elles afin dévaluer leur situation ce qu’elles apportent au Consistoire de Paris ou, au contraire, leur besoin de soutien. C’est à ce prix que nous sortirons durablement de la zone de risque.
Vous présidez désormais la première communauté juive d’Europe. Quelles sont ses attentes ?
D.A. : La communauté a profondément évolué et les attentes sont multiples, notamment pour développer la vie juive et transmettre le judaïsme dans la sécurité. La jeunesse étudie de plus en plus. Il faut capitaliser sur son énergie et sa soif de savoir, et l’impliquer davantage dans la vie du Consistoire de Paris. Sans engagement actif, il n’y a pas de dynamique communautaire durable. Pour exemple, le kollel que j’ai créé dans le 16e arrondissement est aujourd’hui le plus grand d’Europe : près de 200 personnes y étudient chaque jour grâce à des donateurs exceptionnels.
Quid de l’Alyah ?
D.A. : Je comprends ceux qui choisissent de partir. Mais je reste convaincu de la nécessité de prendre soin de tous les Juifs, dans les petites comme dans les grandes communautés. Nous devons être là pour ceux qui restent. Il est fondamental de permettre à celles et ceux qui vivent ici de pratiquer pleinement leur judaïsme. C’est le rôle du Consistoire de Paris. ■
Propos recueillis par Laetitia Enriquez
Le nouveau Bureau
Président : David Amar
Président d’honneur : Joël Mergui
Vice-présidents : Sarah Benghozi-Tellouk,
Philippe Meyer, Philippe Besnainou,
Albert Elharrar
Trésorier : Pascal Karsenti
Trésorier adjoint : Ely Tubiana
Secrétaires rapporteurs : Vanessa Dahan,
Martine Mimoun
Ordonnatrice des dépenses :
Anne-Laurence Breton