Judaïsme

La pièce, le feu et l’infini

3 minutes
24 février 2026

ParHaïm Nisenbaum

Désolé, votre navigateur ne supporte pas la synthèse vocale.

C’est littéralement d’une Paracha tragique qu’il s’agit, ne nous raconte-t-elle pas la terrible faute de la fabrication du veau d’or et donc la régression idolâtre qui fait irruption au milieu d’Israël, juste après le don de la Torah ? Pourtant, cette section de Ki Tissa est aussi porteuse de bien d’autres messages et c’est sur l’un d’eux qu’il faut ici se pencher. Il apparaît dès le début du texte, comme un ordre divin qui n’aurait d’importance que très concrète et qu’il n’est nécessaire de rappeler que du fait de son origine : le commandement qui impose à chacun de donner une pièce d’un demi-sicle pour le Sanctuaire. En première lecture, cela semble être une sorte de contribution générale et l’usage qui en est fait la légitime complètement : quoi de plus important et de plus collectif que le Sanctuaire ? Pourtant, le Talmud de Jérusalem ajoute une précision déroutante : « Rabbi Meïr enseigne que D.ieu sortit une pièce de feu de sous son trône de Gloire et dit à Moïse : c’est comme ceci qu’ils donneront. » Et d’expliquer : Moïse s’interrogea sur ce demi-sicle, il fallut donc qu’il lui soit montré. En fait, poursuivent les commentateurs, la question de Moïse ne portait pas sur la nature de cette pièce, qu’en ce temps-là tout le monde connaissait, mais sur une autre expression du verset. Ce don, dit-il, était fait pour « racheter l’âme » de chacun. On ne peut donc que s’interroger : comment un tel gain spirituel est-il possible par un simple don ? Et à cette question, comment la vision d’une pièce de feu montrée par D.ieu constitue-t-elle une réponse ?

C’est que, dans l’homme, existent deux mouvements spirituels qui s’équilibrent constamment. L’un entraîne à s’élever vers le Divin en délaissant tout ce qui retient « en bas », on le qualifie d’élan et il conduit jusqu’à l’infini. L’autre ramène l’homme au monde et ainsi au service qu’il doit y accomplir dans les limites de la nature, on le qualifie de « retour ». Ces deux directions sont comme les palpitations du cœur et elles doivent coexister en chacun. C’est précisément ce que représente la « pièce de feu ». Le feu est un élément qui s’élève toujours, il est une véritable image de l’élan. Quant à la pièce, elle est désignée en hébreu par le mot « matbéa » qui, étymologiquement, se rattache au mot « téva », la nature, représentation de la nécessité du retour. Ainsi, dans le même objet, l’élan et le retour sont réunis, comme pour nous dire que l’homme ne parvient à l’accomplissement que de cette façon. Comment réussir à le faire ? Précisément, comme le dit le texte, parce que c’est le Créateur, au-delà des degrés d’élan et de retour, qui le fait apparaître et que l’homme, quand il est mû par un don de soi absolu, le reçoit.

C’est là une pure expression de l’essence de son âme, où toute faute ne peut que disparaître. Il nous appartient de suivre ce chemin.