France

Livre et entretien Pierre-André Taguieff

5 minutes
2 mars 2026

ParAlexis Lacroix

Livre et entretien Pierre-André Taguieff

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LFI : le choix antirépublicain de la violence

 

Politique Un essai collectif, coordonné par le philosophe Pierre-André Taguieff, documente l’évolution de La France insoumise vers la haine de la République et de la France et vers l’exaltation de la violence.

 

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Au départ, il y avait une sensibilité particulière, presque républicaine, pour la question sociale au sens le plus classique du terme. À l’arrivée, une formation qui subvertit progressivement les institutions de la République et qui instille le venin de la violence dans la vie publique. En direct du Salon de l’Agriculture, mercredi dernier, Bruno Retailleau a parfaitement résumé les choses : « LFI est un parti qui propage la violence et l’antisémitisme, et qui a fait le choix du communautarisme ».

La dérive et le naufrage idéologique de la formation insoumise éclate dans les analyses et les contributions rassemblées par le philosophe Pierre-André Taguieff (voir son interview) : LFI - Anatomie d’une perversion est un livre aussi utile que salubre. Toutes les contributions rassemblées dans cet ouvrage documentent de façon exhaustive la radicalisation, l’extrémisation et le tournant vers la brutalité et vers la violence. Autant de traits distinctifs qui se sont encore aggravés ces dernières semaines, avec plusieurs caps franchis : l’implication indirecte via la Jeune Garde dans l’assassinat de Quentin, et les propos ouvertement antisémites du Lider Maximo sur la prononciation « à l’américaine » du nom d’Epstein.

Dans des contributions passionnantes, Michel Onfray, Michaël Prazan ou encore le politologue allemand Matthias Küntzel documentent des trahisons successives de Mélenchon. La stratégie d’un homme passe en quelques années d’une flétrissure du voile comme un instrument d’oppression à son exaltation comme étendard identitaire des quartiers difficiles. Dans une belle interview réalisée par l’essayiste Bérénice Levet, Alain Finkielkraut rappelle que, dans cette optique idéologique, « les racisés sont pour la nouvelle extrême gauche ce que sont les masses laborieuses pour les communistes : les sujets de l’histoire. Un dominant ne saurait en aucun cas être une victime ». Ces derniers jours, cette inversion accusatoire a pris un tour nouveau avec les disculpations de l’Iran et les accusations proférées contre les États-Unis et Israël par les principaux leaders du parti insoumis. Le parachèvement d’un naufrage idéologique et politique.

 

Alexis Lacroix

 

LFI - anatomie d’une perversion, David Reinharc éditions, 464 pages, 22,90 euros

 

Pierre-André Taguieff : « Mélenchon est un héritier enthousiaste de Robespierre »

 

Actu J : La dérive des insoumis vers la violence (et vers la justification de l’ultraviolence) était-elle, selon vous, inscrite dans leur fondation ?


Pierre-André Taguieff :
Je pense que Jean-Luc Mélenchon n’a jamais cessé d’être un héritier enthousiaste de Robespierre et de Saint-Just ainsi que de Lénine et de Trotski, tous adeptes de la violence révolutionnaire pour en finir avec le « Vieux Monde ». Le 26 février 1794, Saint-Just déclarait : « Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé ». En décembre 1917, dans Comment organiser l’émulation, Lénine appelle à « épurer », « nettoyer » ou « purger » la société russe des « puces », des « punaises » ou des « parasites » censés l’infecter et la polluer. Ces métaphores bestialisantes et pathologisantes ont pour fonction de déshumaniser l’ennemi afin de faciliter son élimination. Car il s’agit bien d’un appel au meurtre de masse visant les figures de l’ennemi (bourgeois, propriétaire foncier, etc.), condamné à disparaître par l’effet de l’évolution historique déterminée par la lutte des classes. Dès lors, les violences impliquées par la « terreur de masse » ne font qu’accélérer la marche de l’histoire vers l’avènement de la société sans classes, c’est-à-dire un monde nouveau, « purifié » ou « régénéré ».

 

Le léninisme et le bolchevisme sont-ils inhérents à l’idéologie de LFI ?

 

P.-A.T. : On reconnaît l’héritage léniniste et trotskiste du militant « insoumis » Mélenchon quand, par exemple, il récuse le 11 juillet 2023, l’emploi politico-médiatique de l’expression « émeutes urbaines » et professe que « la révolte des quartiers est une lutte des classes ». On assiste ensuite, le 17 juillet 2023, à la résurrection du vieux prophète bolchevique Trotski, lorsque le camarade Mélenchon annonce la bonne nouvelle révolutionnaire : « la face du monde va changer », puisque gronde la révolte des peuples contre « le capitalisme » et « l’impérialisme néolibéral ». Depuis les années 1990, l’« américano-sionisme » a donné à l’ennemi son nouveau visage.   

 

Au vu de la relative solidité de la base électorale de la formation insoumise, voyez-vous le reste de la gauche, et notamment la gauche social-démocrate, avoir l’audace de rompre définitivement toute relation, même indirecte, avec la formation insoumise ?

 

P.-A.T. : C’est ce que les citoyens se reconnaissant dans une gauche raisonnable espèrent, mais je crains qu’ils ne prennent leurs désirs pour la réalité. Car la gauche sagement réformiste ne fait plus rêver grand monde, d’où sa faible force de mobilisation. À gauche, on se mobilise toujours de préférence sur la base de promesses de ruptures salvatrices, de « révolutions » rédemptrices impliquant des purifications du monde social et politique susceptibles de se traduire par des épurations. Mais surtout, les thèmes les plus mobilisateurs sont ceux qui évoquent des ennemis haïssables, fantasmés et diabolisés : « capitalistes », « néolibéraux », « réactionnaires », « fascistes » et, désormais, « sionistes ». Ces thèmes d’accusation doivent bien sûr être exploités par d’habiles démagogues capables de jouer le rôle de chefs charismatiques, tel Mélenchon. C’est ce qui explique la séduction exercée par le parti mélenchoniste, lequel, en dépit de ses alliances avec des groupes néo-antifascistes et antisionistes violents, risque de conserver sa force de nuisance à gauche.  

 

Propos recueillis par A.L.