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Jusqu’où ira-t-il ?

4 minutes
7 mai 2026

ParAndré Kaspi

Jusqu’où ira-t-il ?

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Les nouvelles qui nous viennent de Washington sont pour le moins étonnantes. D’autant plus qu’elles nous concernent, autant ou presque qu’elles surprennent aussi la plupart des Américains. Quel que soit le sujet, Donald Trump occupe le premier plan de l’actualité. Un exemple frappant : dans son numéro du samedi 2 mai, Le Figaro consacre une page entière aux transformations architecturales que le président des Etats-Unis entend imposer dans la capitale fédérale. Bien entendu, les transformations de la Maison Blanche continuent. La salle de bal qui remplace l’une des ailes de la Maison Blanche pourra accueillir des centaines d’invités ; elle occupera une superficie d’environ 8 000 mètres carrés. Des fonds privés financeront les transformations qui coûteront au moins 200 millions de dollars. Et puis, voilà qu’un nouveau projet – qui, de fait, a pris forme dès 2018 – surgit dans l’actualité : la construction d’un arc de triomphe, plus haut, plus impressionnant que celui de Paris. Pour commémorer quoi ? interrogent les curieux. Réponse du président : « Moi ». Pas question pour les projets, pour le moins « pharaoniques » de solliciter ni même de consulter le Congrès, ou toute autre administration fédérale. Le financement ? Ce sont de généreux donateurs et les réseaux MAGA qui le prendront en charge. Il va de soi que les bouleversements architecturaux ne seront que des projets, lorsque les Etats-Unis célèbreront, en juillet 2026, le 250ème anniversaire de leur indépendance.

La guerre contre l’Iran ? Elle est déjà terminée, assure le président. Une déclaration qui lui permet d’éviter l’intervention du Congrès, obligatoire 60 jours après le déclenchement des hostilités. Et pourtant, la circulation dans le détroit d’Ormuz est encore limitée, voire interdite par le blocus et les inévitables incidents qu’il déclenche. L’Iran n’a évidemment pas reconnu sa défaite. Ni renoncé à son arsenal nucléaire. Les négociations avec les Etats-Unis restent au point mort. De leur côté, les Américains sont contraints de payer plus cher leur essence, les produits alimentaires et tous leurs achats qui subissent les effets de l’inflation. La Chine, qui a besoin du pétrole iranien, maintient une réserve prudente. La Russie, elle, n’en a pas fini – loin de là – avec sa guerre contre l’Ukraine. Quant à l’Europe, elle tient un rôle mineur sur ce théâtre d’opérations, au point que les Etats-Unis rapatrient une partie de leurs forces jusqu’alors stationnées en. Allemagne.

Reste un événement qui a marqué ce mois d’avril. Le roi Charles III, accompagné de la reine, a fait une visite, particulièrement réussie, à Washington et New York. Sa mission était délicate : rétablir « la relation spéciale » entre les Etats-Unis et le Royaume Uni. Donald Trump avait négligé un allié fidèle et, aujourd’hui, affaibli. Le royaume n’a plus les forces militaires, la puissance économique, donc le rôle international qui faisaient de Churchill un allié privilégié de Franklin Roosevelt. Avec finesse et diplomatie, le roi a su rappeler au président que les Etats-Unis doivent néanmoins respecter leur alliance avec l’OTAN, défendre l’Ukraine, tenir compte des forces navales du royaume. La presse britannique a félicité le souverain d’avoir été « le diplomate numéro 1 de la Grande Bretagne » - le tout avec tact et efficacité, souvent avec humour. En cette année marquée par le bicentenaire de l’indépendance américaine, il a qualifié les Pères fondateurs des Etats-Unis de « rebelles avec une cause » c’est-à-dire à juste titre. Il est aussi intervenu, indirectement et discrètement, sur la politique architecturale de Donald Trump, en rappelant qu’en 1814, les Anglais avaient, eux aussi, modifié l’architecture de la ville de Washington … en incendiant la Maison Blanche. Et le président des Etats-Unis, malgré quelques faux-pas dans le protocole, était ravi. Il en a oublié sa méfiance, voire son mépris pour le Premier ministre britannique. Et pour témoigner de son affection pour la monarchie du Royaume Uni, il a supprimé les droits de douane sur le whisky écossais.

Dans les jours qui ont suivi la visite royale, un attentat contre le président des Etats-Unis et ses invités de la presse aurait pu, s’il avait réussi, provoqué un drame. Pour la troisième fois, Trump a échappé à la tragédie. Peut-être cet épisode de la vie publique aux Etats-Unis nous suggère-t-il une conclusion, provisoire ou non. Donald Trump exerce une présidence exceptionnelle. Il remporte des victoires qui surprennent. Pour le moment, il déjoue les prévisions les plus raisonnables. Dans ces conditions, quels effets cela peut-il exercer sur la vie politique aux Etats-Unis ? Et, dans une large mesure, sur les relations internationales ? Peut-on prévoir dès maintenant les résultats des élections législatives de novembre ? Voilà des questions auxquelles, pour le moment, il est difficile de donner des réponses.

                                            André Kaspi

                                            Professeur émérite à la Sorbonne

                                            Université de Paris I