Actu J : Un livre intitulé Captif, publié après le 7-Octobre, résonne forcément avec le sort des otages du Hamas. Comment avez-vous vécu cette proximité ?
David Benaym : Avec énormément d’humilité. Je ne peux plus parler de captivité, d’enlèvement ou d’otages comme avant le 7-Octobre. Le livre était déjà en grande partie écrit depuis un certain temps, mais je ne pouvais pas imaginer le publier tant qu’il restait des otages à Gaza. Dans les premiers jours qui ont suivi le 7-Octobre, j’ai ressenti physiquement certaines choses : être emmené sans savoir où l’on va, perdre totalement ses repères, être entouré d’hommes armés… Il y avait forcément une empathie particulière parce que j’avais, à ma manière, connu le début de ce type de bascule. Mais la comparaison s’arrête très vite là. Ce qu’ont vécu les otages du Hamas dépasse tout.
Mais comme d’autres otages revenus de l’enfer des tunnels du Hamas, Eli Sharabi notamment, vous écrivez avoir beaucoup réfléchi à votre identité juive pendant cette détention…
D.B. : Oui. Cette captivité a profondément renforcé mon sentiment d’appartenance au peuple juif. J’ai toujours été très attaché à cette identité, mais là, elle s’est imposée avec encore plus de force. Durant mes trois semaines de détention, j’ai connu des moments spirituels très marquants. D’abord le Sefer Torah que nous apportions avec nous dans cette rencontre des tribus juives perdues et qui passe tous les portiques de sécurité sans aucune difficulté et qui voyage même en première classe… ! Puis, ces deux paires de téfilines que nous avions avec nous en prison, une pour droitier et une pour gaucher au cas où… C’est aussi pendant cette détention que j’ai décidé de manger cacher.. En voyant ces communautés juives africaines maintenir leurs pratiques dans des conditions extrêmement difficiles, je me suis dit que moi, qui avais accès à toute la nourriture possible dans ma vie, je devais faire cet effort-là. Je ne dirais pas que je suis devenu plus religieux pour autant, mais cette expérience m’a confirmé à quel point mon identité juive était centrale dans ma vie.
Vous racontez également ne jamais avoir perdu une certaine forme d’optimisme, une forme très juive aussi, de regarder les choses…
D.B. : Au fond de moi, j’ai toujours su que nous allions nous en sortir. La seule inconnue était le temps que cela prendrait. Cette force vient sans doute de mon tempérament, mais aussi des épreuves traversées auparavant : les deuils, la maladie, les cancers… Tout cela m’a forgé. Je suis convaincu que la manière dont on s’entoure dans ces moments-là est essentielle. J’ai toujours essayé de me tourner vers la lumière plutôt que vers le désespoir. Quand on traverse la maladie, on est souvent entouré de regards tristes, de compassion permanente. Moi, j’ai toujours essayé d’éviter cela, parce que cela peut aussi vous affaiblir psychologiquement.
Ce livre est-il celui du journaliste ou celui de l’homme ?