Vous avez été réélu dimanche à la présidence du CRIF sans avoir eu à affronter d’opposant. Était-ce, par les temps qui courent, une nécessité ?
Yonathan Arfi : Je ne suis pas le mieux placé pour répondre à cette question. C’est peut-être aussi le reflet d’un usage au CRIF, où il y a souvent peu ou pas de candidats à l’issue du premier mandat.0on prédécesseur, Francis Kalifat, avait été réélu pour un second mandat dans les mêmes conditions. Dans le contexte inédit et violent que nous connaissons en )rance pour les juifs, je prends surtout cette situation comme une forme de responsabilité supplémentaire.
En devenant président du CRIF, en juin 2022, vous ne vous attendiez pas à devoir affronter le 7 octobre et ses suites. Quel est maintenant votre état d’esprit ?
Y.A. : Il y a de ma part un désir et une exigence. La volonté de poursuivre et de renforcer ce qui a été initié depuis trois ans, notamment dans la lutte contre l’antisémitisme post-7-Octobre. Mais aussi le besoin d’inventer de nouvelles modalités d’action pour le CRIF. Concernant la jeunesse notamment, il faut trouver d’autres manières de s’adresser à elle, face aux sirènes démagogiques de LFI et aux raccourcis coupables sur le conflit israélo-palestinien. Il y a donc un besoin de continuer, de se renforcer et de se réinventer.
Pour y parvenir, vous comptez multiplier les alliances transversales avec les autres acteurs de la société civile. Comment faire à l’heure où la communauté juive se sent de plus en plus isolée ?
Y.A. : Nous devons continuer à travailler étroitement avec les pouvoirs publics : pour les alerter, les sensibiliser et faire évoluer certaines politiques publiques. 0ais je sais aussi que nous ne réussirons à vaincre la déferlante de l'antisémitisme qu’en impliquant davantage la société civile. L’opinion publique se forge de manière de moins en moins pyramidale et de plus en plus transversale : via les réseaux sociaux, les médias, les ONG, les influenceurs... Notre action doit donc s’orienter davantage vers eux, comme nous avons commencé à le faire par exemple avec le monde du sport et de la culture. L’alliance naturelle se fera avec tous ceux qui s’inscrivent dans le champ républicain - qui constitue encore, en )rance, la majorité. Il y a aussi, c’est vrai, une vraie question sur notre relation avec une partie du monde antiraciste. Certains discours ont été dévoyés par des militants indigénistes ou décoloniaux, qui hystérisent le débat public en faisant de Gaza un cri de ralliement caricatural et haineux et qui placent la rhétorique du génocide au cœur de leur logiciel politique. Les juifs ressentent directement le danger de ces dévoiements politiques et moraux.
Votre mandat sera marqué par deux échéances électorales majeures : les municipales ,puis la présidentielle. Comment appréhendez-vous ces deux moments tests, pour la France en général et la communauté juive en particulier ?
Y.A. : La condition des Juifs dans la société est un révélateur des fractures qui la traversent. /e malaise des français juifs est l’écho accentué des doutes et des atermoiements de nombreux français. Nous abordons cette période avec le sentiment que notre pays vit des heures décisives sur bien des sujets. Ce n’est pas propre à la France, certes, mais les juifs ont une conscience aigus de ces moments de fragilité démocratique. Notre responsabilité est d’alerter :
sur l’antisémitisme qui menace l’ensemble de la société, sur l’islamisme et ses menaces, sur le retour des discours complotistes, sur l’affaiblissement de l’école républicaine et sur les risques liés à la montée des haines et des populismes.