Standing ovation pour le chorégraphe israélien Hofesh Shechter. C’est encore la guerre, et je me demande si le public applaudit aussi en soutien à Israël, ou juste pour l’art total que nous a procuré Hofesh Shechter pendant une heure. J’opte pour la seconde hypothèse, car peu de gens savent d’où il vient. Peu de gens, en dehors des férus de danse, le connaissent vraiment, même s’il a touché un plus vaste public avec le film de Cédric Klapisch, En corps, où il avait le rôle principal.
Je me suis retournée. C’est très impressionnant, tous ces gens debout. Ma main posée sur le cœur, je parcours d’un regard l’immense rotonde remplie, mue par un même élan d’amour. Sous la coupole ronde du plafond mythique peint par Chagall à l’Opéra Garnier, les mariés sages du shtetl de Vitebsk n’en reviennent pas et semblent briller davantage.
Mais que s’est-il passé pour provoquer cette transe collective parmi le public et susciter un tel engouement pour le spectacle Red Carpet ? Tant de bruit et de fureur dans ce ballet d’une heure, où les treize danseurs de l’Opéra se démènent dans des mouvements intenses et électriques. Musique et mouvements orientaux, gestes gaga inspirés par Ohad Naharin, créateur de la troupe Batsheva dont Hofesh Shechter faisait partie. Je sens les pulsions des Rikoudim, ces danses folkloriques israéliennes qu’Hofesh adorait et qui l’ont inspiré.
C’est hallucinant, et bien sûr hypnotique. Quel génie est cet homme né à Jérusalem, qui invente là une autre danse... Dans cet endroit légendaire, on est davantage habitué aux sages tutus blancs du Lac des cygnes ou de Casse-Noisette. Tout cela est balayé d’un revers de main et envoyé aux oubliettes pour un temps.
On assiste à une fièvre scénique augmentée par un orchestre en hauteur, mi-rock, mi-oriental. Hofesh clame son amour pour Israël, pour la ville sainte dont j’entends et j’aperçois, au fil des mouvements, les odeurs et le soleil. Je le sens habité, inspiré.