Actu J : Dans quel état d’esprit êtes-vous après votre accession au poste de grand rabbin de Paris ?
Alain Shlomo Senior : Je prends conscience des nombreuses tâches et des responsabilités qui sont attachées à ce poste. Paris et l’Île-de-France regroupent une communauté d’environ 200 000 à 250 000 personnes. Durant ma campagne, je n’ai cessé de répéter que le Consistoire était la maison de tous les Juifs, du moins croyant au plus pratiquant. Dans ma première prise de parole officielle à l’issue du scrutin, j’ai tenu à saluer la dignité et la hauteur de vue avec lesquelles ces élections se sont déroulées, ce qui, à mon sens, honore le rabbinat parisien. Je salue à nouveau les autres candidats, à qui j’ai dit publiquement - et je le ferai - que je proposerai une collaboration.
Il s’agissait de votre troisième participation à ce scrutin. Est-ce une forme d’aboutissement ou de consécration ?
A. S. S. : Ni l’un ni l’autre. Je l’interprète différemment. Je vais parler en tant que croyant : si du ciel cette responsabilité m’a été confiée, c’est peut-être que le temps est venu pour moi de servir la communauté de façon plus large. Je connais bien le rav Gugenheim et j’ai beaucoup de respect pour sa personne. Tout en étant dans la continuité, je vais apporter une touche plus personnelle à la mission qui est désormais la mienne.
Quelles sont vos priorités ?
A. S. S. : Je suis très attaché à l’étude de la Torah. Une identité qui ne se nourrit pas de connaissances se fane, s’affadit. Un point d’étude limoud doit être mis en place dans chacune des communautés. Tous les Juifs d’Île-de-France doivent avoir un contact avec la Torah. Par ailleurs, la jeunesse a besoin d’être accompagnée et encadrée. L’addiction aux écrans est un véritable problème d’éducation. J’en appelle à la responsabilité des parents. Ce sont eux qui autorisent l’accès aux téléphones pour leurs enfants sans toujours mesurer les conséquences. À mes yeux, c’est une irresponsabilité. J’ai également pris l’engagement de visiter, autant que mon nouvel emploi du temps le permettra, l’ensemble des communautés.
Vous étiez jusque-là à l’ACIP 16 et également aumônier des prisons. Qu’en est-il aujourd’hui ?
A.S. S. : Je ne pourrai pas continuer à occuper les fonctions d’aumônier, qui sont très prenantes. L’ACIP 16 restera ma synagogue, mais j’y serai forcément moins présent. Je rappelle à vos lecteurs que le grand rabbin de Paris est un Juif qui prie en semaine et qui prie au moins le chabbat (rires).
Propos recueillis par Jonathan Nahmany