Communauté

Ariel Goldmann : « Le don est la valeur juive la mieux partagée au monde »

La Fondation du Judaïsme Français joue un rôle structurant dans les campagnes IFI menées actuellement, en abritant près de 90 fondations sous égide. Son président Ariel Goldmann présente son modèle singulier, au cœur d’une philanthropie engagée au service de la vie juive.    

6 minutes
24 avril 2026

ParYaël Scemama

Ariel Goldmann : « Le don est la valeur juive la mieux partagée au monde »

Désolé, votre navigateur ne supporte pas la synthèse vocale.

Actu J : La Fondation du Judaïsme Français est une fondation dite « abritante » et, à ce titre, elle occupe une place centrale dans les campagnes IFI. Pouvez-vous nous décrire son mode de fonctionnement et le mécanisme de ces campagnes de collecte ?

Ariel Goldmann : La Fondation du Judaïsme Français abrite à ce jour 90 fondations ce qui fait d’elle, en termes de « fondations abritées », la 3ème de France. Elle irrigue le tissu associatif dans les domaines de la culture, de l’éducation et du social. La guerre au Proche-Orient qui touche de plein fouet Israël nous conduit aussi surtout, depuis le 7-Octobre 2023, à intervenir sur le champ humanitaire. Son mode de fonctionnement est celui d’une « maison » commune qui permet à chaque fondation sous égide de développer des projets dans un environnement sérieux, solide, sécurisé sur les plans juridique, fiscal et éthique. Ces fondations bénéficient par capillarité de toutes les prérogatives de la FJF : appel à la générosité du public, conduite d’une campagne IFI, réception de legs, etc.. Pour autant, elles n’ont pas de personnalité morale. La « maison mère » est seule responsable, face à la loi, de toutes les aides, actions, initiatives conduites par ses fondations abritées. C’est pour cela que vous pouvez voir, lorsqu’elles font de la publicité pour l’IFI notamment, le petit logo vert « sous égide » de la FJF. Il s’agit pour les donateurs d’un gage supplémentaire de confiance qui leur indique que tout ce qui devait l’être a été vérifié par nos soins. Nous avons une parfaite connaissance du tissu associatif national français. Je rappelle au passage que les associations n’ont pas le droit de collecter l’IFI. Concernant l’ensemble de l’écosystème-FJF, ce qui est essentiel, à mes yeux, reste la transparence, la loyauté, le sérieux vis-à-vis des donateurs et des pouvoirs publics quant à l’utilisation des fonds et la rigueur de leur gestion. Nous venons d’ailleurs d’être relabellisés IDEAS qui atteste de nos bonnes pratiques en matière de gouvernance, finances et d'évaluation. 

 

Comment tissez-vous des liens avec chacune des 90 fondations et de quelles manières les soutenez-vous dans leurs efforts de collecte ?

A.G. : Notre rôle n’est pas simplement « d’héberger » des fondations, mais de les accompagner au long cours depuis leur création. Nous sommes à leurs côtés pour les conseiller, étudier leurs projets, vérifier l’éligibilité des programmes et associations qu’elles souhaitent soutenir, organiser des comités, booster leur ambition, être force de proposition. Mais également gérer leurs fonds et assurer leur comptabilité avec une rigueur constante.  Lors des campagnes IFI, cet accompagnement est particulièrement important. Nous vérifions les communications, recevons les dons, émettons les reçus CERFA. Évidemment, la qualité du lien humain et des valeurs que nous partageons reste l’essentiel.  

 

Quelles évolutions la Fondation du Judaïsme Français a-t-elle observées en matière de générosité, après la réforme de 2007 qui a introduit le dispositif de l’ISF-Don, puis celle de 2017, qui a transformé celui-ci en IFI ?

A.G. : La loi TEPA de 2007 a clairement été un tournant et nous devons tous être reconnaissants à mon prédécesseur et ami Pierre Besnainou d’avoir été visionnaire sur cette question. Le dispositif ISF-Don, avec son taux de déduction fiscale de 75 %, a dopé les dons de manière très significative. Ce qui a vraiment changé, c'est la posture du donateur qui s’est vu offrir la possibilité de choisir lui-même la destination de sa générosité. Pour nous, l'effet a été concret et immédiat - nous avons pu désormais financer des projets d’envergure. Un autre impact notable de la loi TEPA est qu'elle a fortement encouragé des organismes mais aussi des particuliers à créer leur propre fondation abritée sous notre égide. Des familles, des entrepreneurs, des associations ont vu là une opportunité de structurer leur démarche philanthropique dans la durée, en s'appuyant sur notre cadre juridique et administratif. Le passage de l'ISF à l'IFI en 2017 a, en revanche, entraîné des conséquences très lourdes. En recentrant l'imposition sur le seul patrimoine immobilier, le dispositif a mécaniquement exclu un grand nombre de contributeurs. Nous avons enregistré à partir de cette date une baisse d'environ 35 % des dons issus de ce mécanisme - ce qui est considérable. Cela nous a conduits à repenser notre approche : diversification vers les legs, le mécénat d'entreprise, la réduction IR à 66 %, et un travail renforcé sur la fidélisation et l'élargissement de notre communauté de donateurs.

 

Les campagnes IFI sont un moment-clé de solidarité. En quoi sont-elles essentielles pour accompagner le développement de la vie juive en France et à l’international ?

A.G. : Ces campagnes, plus qu’essentielles, sont existentielles. Elles permettent de soutenir des programmes. Les donateurs savent qu’ils permettent au judéo-espagnol ou au yiddish de continuer à se transmettre ; ils savent que grâce à eux des jeunes seront accueillis dans des écoles prêtes à les recevoir et à leur offrir un avenir d’excellence ; que d’autres mangeront chaud et équilibré à la cantine grâce à des bourses ; que des familles en difficulté seront accompagnées ; comme des jeunes et moins jeunes porteurs de handicap. La collecte liée à l’IFI concerne également la recherche médicale entre la France et Israël, la préservation des patrimoines juifs artistiques, architecturaux…Notre responsabilité dans la préservation et l’épanouissement de la vie juive en France est immense. Particulièrement aujourd’hui.

 

Qu’attendent les donateurs IFI, au-delà de l’avantage fiscal ?            

A.G. : Les donateurs attendent avant tout du sens. Leur don est de plus en plus perçu comme un engagement, ce qui se traduit par un intérêt accru pour des causes spécifiques (éducation, solidarité, culture, patrimoine, santé) et pour des projets incarnés. Ils souhaitent s’impliquer, suivre les projets, jauger leurs impacts. A la FJF, tous les courants du judaïsme sont représentés. Ce qui apparaît clairement, c’est que le don est la valeur juive la mieux partagée au monde.  

 

Une nouvelle structure, la French Jewry Foundation Inc., vient d’être créée pour soutenir des programmes portés par la Fondation du Judaïsme Français et par ses fondations abritées. En quoi consiste-t-elle ?

A.G. : La création de la French Jewry Foundation Inc. est une étape importante pour la Fondation du Judaïsme Français. Elle répond à une conviction : celle que notre action doit pouvoir s’inscrire dans une dimension internationale. Grâce à cette nouvelle structure américaine, des donateurs, notamment aux États-Unis, peuvent soutenir nos projets dans un cadre adapté et recevoir une déduction fiscale. Pour la Fondation du Judaïsme Français, la règle est de toujours regarder vers l’avenir.

 

Propos recueillis par Yaël Scemama