Joachim Eisack, ce héros méconnu
Hommage En 2012, Didier Eisack fit la découverte du Stolperstein (pavé du souvenir) de son arrière-grand-mère devant son dernier domicile à Berlin, avant sa déportation en 1942, à Theresienstadt. Ce fut là le début de sa quête sur les traces des siens et en particulier de Joachim, son arrière-grand-père, qui arrêta Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich en France, et dans le même temps, contribua à retrouver le trésor nazi du Werwolf.
Cette quête déboucha sur un ouvrage, édité en 2022, et à la bande dessinée qui vient de sortir, préfacée par l’historien Laurent Douzou, avec le concours de Maxime Germain et Athéna Jomini. Né en 1899, à Nakel, en Prusse, marié à Chana Faktorowitsch, père de six enfants, incorporé dans l’armée allemande, fait prisonnier et détenu en Angleterre en 1918, rapatrié en 1919, puis expulsé de Nakel, Joachim s’installa à Munich après un long séjour en Pologne. En 1933, avec l’arrivée d’Hitler, lui et les siens gagnèrent la France, où il ne tarda pas à être interné comme ressortissant étranger.
En 1939, il s’engagea dans la Légion étrangère, puis après avoir été démobilisé en 1940, il plongea dans la clandestinité, s’engagea dans la Résistance, sous le nom de Richard, et participa aux combats de la Libération. Après avoir servi d’interprète dans différentes missions, en 1945, il fut muté comme inspecteur de la sûreté pour dénazifier la zone française de Sackingen. Sur place, il créa une équipe pour confondre les criminels nazis et les collabos, et c’est comme cela qu’il se lança avec succès sur la piste d’Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich en France, ainsi que sur la piste du trésor des nazis. Enfin, ayant mis la main sur les tableaux spoliés par Otto Abetz, il termina son périple en l’arrêtant bel et bien.
Le 12 juillet 1949, il assista à son procès, où le SS condamné à 20 ans de travaux forcés, et après des remises de peine, fut gracié par le président Coty en 1954. Quant à Joachim, il sera naturalisé français en 1950, non sans grandes difficultés et sans avoir été récompensé pour son action héroïque. Il décéda en 1954, le cœur meurtri, quelques mois après la grâce de celui qu’il avait contribué à arrêter. Les dessins soignés de la bande dessinée, les textes argumentés qui les accompagnent, les couleurs en clair-obscur forment une esthétique qui suscite un intérêt soutenu de la première à la dernière page. Un beau document en forme de tikoun.
J’ai arrêté Otto Abetz, l’ambassadeur d’Hiler en France, de Maxime Gemain et Didier Eisack. Ed La Cité graphique. 95 pages, 21 euros.
Portrait
Un lien intergénérationnel bien prégnant