Mémoire

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4 minutes
19 mai 2026

ParYaël Scemama

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Joachim Eisack, ce héros méconnu

Hommage En 2012, Didier Eisack fit la découverte du Stolperstein (pavé du souvenir) de son arrière-grand-mère devant son dernier domicile à Berlin, avant sa déportation en 1942, à Theresienstadt. Ce fut là le début de sa quête sur les traces des siens et en particulier de Joachim, son arrière-grand-père, qui arrêta Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich en France, et dans le même temps, contribua à retrouver le trésor nazi du Werwolf.

Cette quête déboucha sur un ouvrage, édité en 2022, et à la bande dessinée qui vient de sortir, préfacée par l’historien Laurent Douzou, avec le concours de Maxime Germain et Athéna Jomini. Né en 1899, à Nakel, en Prusse, marié à Chana Faktorowitsch, père de six enfants, incorporé dans l’armée allemande, fait prisonnier et détenu en Angleterre en 1918, rapatrié en 1919, puis expulsé de Nakel, Joachim s’installa à Munich après un long séjour en Pologne. En 1933, avec l’arrivée d’Hitler, lui et les siens gagnèrent la France, où il ne tarda pas à être interné comme ressortissant étranger.

En 1939, il s’engagea dans la Légion étrangère, puis après avoir été démobilisé en 1940, il plongea dans la clandestinité, s’engagea dans la Résistance, sous le nom de Richard, et participa aux combats de la Libération. Après avoir servi d’interprète dans différentes missions, en 1945, il fut muté comme inspecteur de la sûreté pour dénazifier la zone française de Sackingen. Sur place, il créa une équipe pour confondre les criminels nazis et les collabos, et c’est comme cela qu’il se lança avec succès sur la piste d’Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich en France, ainsi que sur la piste du trésor des nazis. Enfin, ayant mis la main sur les tableaux spoliés par Otto Abetz, il termina son périple en l’arrêtant bel et bien. 

Le 12 juillet 1949, il assista à son procès, où le SS condamné à 20 ans de travaux forcés, et après des remises de peine, fut gracié par le président Coty en 1954. Quant à Joachim, il sera naturalisé français en 1950, non sans grandes difficultés et sans avoir été récompensé pour son action héroïque. Il décéda en 1954, le cœur meurtri, quelques mois après la grâce de celui qu’il avait contribué à arrêter. Les dessins soignés de la bande dessinée, les textes argumentés qui les accompagnent, les couleurs en clair-obscur forment une esthétique qui suscite un intérêt soutenu de la première à la dernière page. Un beau document en forme de tikoun.

J’ai arrêté Otto Abetz, l’ambassadeur d’Hiler en France, de Maxime Gemain et Didier Eisack. Ed La Cité graphique. 95 pages, 21 euros.

 

Portrait

Un lien intergénérationnel bien prégnant

Ils étaient deux enfants cachés, Jacques et Albert Zylberman, dont le père fut déporté depuis Pithiviers à Auschwitz, le 17 juillet 1942 par le convoi 6. Quant à la mère, elle fut arrêtée après une dénonciation, avec ses deux garçons dans le Loiret, puis tous trois se retrouvèrent au camp de Beaune-la-Rolande, où les deux frères furent libérés par miracle grâce au délégué de l’UGIF, mais la mère, elle, fut déportée à Auschwitz, le 25 juin 1943 par le convoi 55. 

Puis après avoir subi « les marches de la mort », jusqu’à Bergen-Belsen, elle fut de retour en avril 1945. Afin de restituer le parcours de ces enfants juifs cachés sous l’Occupation, ainsi que celui de leurs parents, l’historien Michel Périllat a recueilli le témoignage oral du frère aîné Albert Zylberman, né en 1935, qui était âgé de 89 ans, lorsqu’il s’est décidé à transmettre son récit d’enfant caché. C’est comme cela que cet historien s’est mis en quête de restituer chaque étape de ce parcours en compulsant tout un florilège d’archives aussi bien en France qu’à l’étranger.

Ces entretiens spontanés ont conduit à une transmission de la mémoire d’une grande force. L’historien Michel Périllat, la fille d’Albert Zylberman, et le petit-fils, ont témoigné dans l’émission Mémoire et Vigilance avec éclat que ce lien intergénérationnel peut être bien prégnant, sous forme d’un pacte implicite entre les aînés et leurs descendants pour lutter contre l’oubli, surtout dans le contexte que l’on connaît.

 

Zahor

Cette petite fille, que l’on voit sur cette photo, extraite du Mémorial des enfants juifs déportés de France de Serge Klarsfeld, s’appelait Jacqueline Bernheim. Elle était née le 11 mai 1938 à Bruxelles. Arrêtée à Cahors, elle fut déportée avec son père, sa mère et sa grand-mère à Auschwitz, le 20 mai 1944, par le convoi 20.