Culture

« J'ai appris l'amour : abandonner son enfant pour le sauver »

Daniel Auteuil met en scène « La troisième nuit », le sauvetage d’enfants juifs par des Justes. Sensible à la Shoah depuis toujours, l’acteur-cinéaste a décidé de s’emparer du sujet.

3 minutes
19 mai 2026

ParPerri Gottlieb et Robert Sender

« J'ai appris l'amour : abandonner son enfant pour le sauver »

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ActuJ : J'aimerais entendre le pitch du film avec vos mots.

 

Daniel Auteuil : Comment des hommes de bonne volonté, que plus tard on appellera des Justes, qui ne sont ni des héros, ni des tueurs, comment ces gens décident de sauver de la déportation le plus d'hommes et de femmes et d'enfants possible. Le seul moyen qu'ils ont trouvé, est le suivant : puisque l'administration de Vichy adore la paperasse, c'est de détourner les papiers pour essayer de sauver le plus de gens possible. Nous sommes dans une espèce de thriller bureaucratique.

 

AJ : Qu’est-ce qui vous a motivé à mettre en scène ce drame historique peu connu ?

 

D.A. : D'abord, la Shoah, les pogroms, ces atrocités-là me touchent depuis l'adolescence. Je suis un enfant de l'après-guerre, on ne savait pas tout cela, parce que les gens qui étaient sortis avaient ce sentiment de culpabilité d'être sauvés. On l’a su plus tard.  Ça m'a bouleversé, parce que je me suis dit comment un pays qui est le mien a pu arriver à laisser faire et comment aujourd'hui on peut encore ne pas agir, comment des gens oublient ou font semblant d'oublier. Toute ma vie a été impactée par ces événements tragiques. Alors, quand le producteur Frédéric Jouve m'a proposé cette histoire, j’ai accepté. L’historienne Valérie Portheret a passé trente ans de sa vie à reconstituer tous les événements qui se sont passés. Elle a rédigé un mémoire, et de ce mémoire, on a écrit un scénario que j’ai réalisé. De nombreux films historiques existent, parfois spectaculaires, il fallait trouver un angle différent pour raconter cette histoire. J'avais envie d'un point de vue très intimiste, très personnel. Je voulais être au plus près de la réflexion des personnages, je souhaitais parler d'une chose qui me parait importante jusqu’à aujourd'hui : la peur. Dans le film on voit que ce soit les vichistes ou les humanitaires, la peur est partout.

Tout le monde observe tout le monde. Maintenant, à la question traditionnelle : qu’aurais-je fait ? Aujourd'hui, je sais que je n’aurais pas pu vivre sans m’engager. Je ne dis pas que j'aurais été un héros avec le fusil. Ce que j'aime bien dans l’histoire vraie de ce curé avec d’autres qui tentent de sauver des enfants juifs, c'est qu'ils n'ont pas conscience d'être des héros. Ils sont juste conscients qu'ils risquent leur vie.

 

AJ : Selon vous, le film résonne avec notre époque ?

 

D.A. : Oui, je pense même que ce qui m'importait, c'est que ce support de l’époque nous renvoie à aujourd'hui.

 

AJ : Quelle image de la France souhaitez-vous montrer ?

 

D.A. :  L’envie de montrer une belle image de l'humanité, malgré les horreurs.

 

AJ : Parlez-nous de vos découvertes en préparant le film.

 

D.A. : L'amour des parents pour sauver les enfants. Il y a une circulaire de Vichy qui stipule que les enfants non accompagnés ne partiront pas dans les camps, mais tous les enfants sont accompagnés. Le curé (NDLR : incarné par Daniel Auteuil) a eu l’idée de faire signer aux parents un acte d'abandon et les donner à l'église. J'ai appris l'amour, abandonner son enfant pour le sauver.