Culture

L’Histoire s’écrit à Cannes

La Compétition officielle n’a pas offert de fulgurances, même si la qualité fut au rendez-vous.  Un palmarès livre toujours de bonnes ou mauvaises surprises, voire des regrets de ne pas y découvrir ses coups de cœur. Le jury présidé par le réalisateur, scénariste et producteur sud-coréen Park Chan-wook a inquiété par sa disparité. Comment pouvait-il s’accorder ? Mais, le palmarès reflète l'ensemble de la sélection, marquée par une forte présence de l'Histoire avec un grand H, et plus largement des films qui questionnent le passé, pour mieux donner à voir le présent. Le reste du palmarès consacre une Europe cinématographique plurielle.

4 minutes
25 mai 2026

ParPerri Gottlieb et Robert Sender

L’Histoire s’écrit à Cannes

Désolé, votre navigateur ne supporte pas la synthèse vocale.

                                Palme d’or  

 

La Palme d’or a été remise à Cristian Mungiu pour « Fjord », un grand habitué de la Croisette avec déjà une Palme et des prix gagnés par le passé dans cette Compétition. Il a une indéniable compétence pour raconter des histoires fortes dans un style minimaliste. Avec lui, pas de gras, on va subtilement à l’essentiel. Tout son cinéma est à la fois politique, social et intime.  Fjord suit une famille qui vient s'installer en Norvège au cœur d'une communauté aussi chaleureuse, en apparence, que le décor est froid. Mais les idées très conservatrices du couple et sa foi chrétienne sont vues d'un mauvais œil et, le jour où une institutrice découvre un bleu sur l'un de ses enfants, il ne faut pas longtemps pour que ceux-ci leur soient retirés par l'Aide à l'Enfance, le temps qu'une enquête soit menée. Dans une mise en scène au cordeau, Cristian Mungiu déploie cette histoire dans les paysages magnifiques de Norvège, qui tranchent avec la noirceur du drame. Inspiré de faits réels, le réalisateur enracine son récit en Norvège pour mettre face à ses contradictions une société qui prône la tolérance et l'ouverture aux autres, mais peut exclure brutalement ceux qui dévient du chemin tracé pour eux.

 

                      L’interprétation honorée

 

Prix d’interprétation pour Emmanuel Macchia et Valentin Campagne dans « Coward » de Lukas Dhont, dont le jeu nous a laissé à distance. Nous nous sommes demandé si la récompense ne représentait pas une façon indirecte de saluer la beauté d’une idylle entre deux soldats dans le chaos des champs de bataille de la Grande Guerre. En revanche, nous avons été emballés par la récompense féminine, elle aussi doublée, remise à Virginie Efira et surtout à l’incroyable Tao Okamoto, pour leurs rôles dans, « Soudain » de l’orfèvre Ryusuke Hamaguchi, un film intelligent, et toujours bienveillant, malgré les situations douloureuses d’une chronique douce-amère autour d'une maison de retraite en France. Notre Palme d’or. Sortie le 12 août. 

               

                   La grande histoire dans l’intime

 

« Coward » de Lukas Dhont l’illustre, cependant d’autres aussi mettent en scène l’influence de grands événements dans la sphère intime : deux long-métrages liés à la seconde guerre mondiale ont été célébrés l’un par le Prix ex-aequo de la mise en scène, « Fatherland » de Pawel Pawlikowski (l’auteur du magnifique « Ida ») qui pose la question : Comment l'Allemagne a-t-elle pu retrouver sa raison d'être après les crimes contre l'humanité commis pendant la Seconde Guerre mondiale ?,  en suivant le retour d'exil accompagné de sa fille du Prix Nobel allemand Thomas Mann en 1949,  Prix partagé dans un autre genre par le spectaculaire « La Bola negra » ; l’autre, le formidable Prix du scénario,  « Notre salut » d’Emmanuel Marre (Sortie le 30 septembre), qui a puisé dans la mémoire familiale pour construire un récit dans lequel il raconte la collaboration de l'administration française sous Vichy. Ce regard inédit sur cette période de l'histoire, est porté par un exceptionnel Swann Arlaud (notre Prix d’interprétation Masculine). Enfin, le Grand Prix pour « Minotaure » du réalisateur russe en exil Andreï Zviaguintsev montre à travers une famille qui vit un drame familial dans sa relation, la déliquescence de la société russe sur fond de la guerre en Ukraine. Lors de la remise du Prix, Andreï Zviaguintsev a lancé un appel à Vladimir Poutine pour mettre fin au conflit : « La seule personne qui peut mettre fin à cette boucherie est le président de la Fédération de Russie. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela ». Sortie le 14 octobre.

 

              Voir les films maintenant

 

Si certains sont déjà sortis en salle (« La vénus électrique », « L’abandon », « Histoires parallèles », « L’être aimé », « Autofiction », « L’objet du délit », « Colony »), jusqu’au 29 mai, le Festival de Cannes fait voyager 25 films de sa Sélection officielle dans 18 cinémas à travers la France. Pathé, MK2 et UGC unissent leurs réseaux pour proposer 49 séances dans 14 villes différentes — et offrir à tous la chance de découvrir les films dont parle le monde entier. Pour plus d’informations, consultez les sites de Pathé, MK2 et UGC. Dans les salles Dulac Cinémas, du 27 mai au 2 juin à l’Arlequin à Paris, projection de la section Un certain regard, et du 10 au 16 juin au Reflet Médicis à Paris, reprise de la Quinzaine des cinéastes.