Actu J : Après les affaires de violences sexuelles dans le périscolaire, celle de la petite Lyhanna. Pourquoi ces affaires suscitent-elles tant d’émotion ?
Johanna Rozenblum : Parce qu’elles révèlent un échec collectif majeur. Quand un enfant est agressé dans un lieu censé le protéger (école, périscolaire, activités sportives, contexte intrafamilial), ce n’est pas seulement un crime individuel, c’est une défaillance du système de protection de l’enfant d’une part, et la négation de sa parole qui sont en question d'autre part. Ces affaires nous choquent aussi parce qu’elles contredisent l’idée que les adultes et les institutions veillent sur les enfants. La CIIVISE rappelle qu’en France, 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles, c’est 1 enfant toutes les 3 minutes qui est violé ou agressé. Et puis derrière l’émotion, il y a aussi une colère : celle de constater que malgré les alertes répétées, nous continuons à ne pas protéger suffisamment les enfants. Les agresseurs bénéficient d’une impunité qui révolte.
Quel est le profil psychologique d’un pédocriminel ?
J.R. : L’image du « monstre » ou du « fou » est rassurante, mais elle est souvent fausse. La plupart des auteurs ne souffrent pas de maladie psychiatrique sévère. Ils savent généralement que ce qu’ils font est interdit et c’est précisément l’un des moteurs : se jouer de la loi, posséder, tuer. Beaucoup sont insérés socialement et savent gagner la confiance des enfants et des adultes. Les considérer comme des malades permet parfois d’éviter une réalité plus dérangeante : les violences sexuelles sur mineurs sont commises par des personnes ordinaires qui profitent d’un rapport de pouvoir et parfois des failles de la vigilance collective. Il ne s’agit pas de les soigner mais bien de les mettre à l’écart des enfants et donc de la société. L’urgence est celle-ci.
Quand un enfant est victime, y a-t-il des signes qui doivent alerter ?
J.R. : Le problème est justement que les signes sont souvent discrets, on parle de signaux faibles car la parole de l’enfant est souvent muselée par le prédateur ou le silence des adultes qui savent mais ne protègent pas. Un enfant peut continuer à aller à l’école, sourire et sembler aller bien. Il faut donc être attentif à tout changement brutal : anxiété, troubles du sommeil, repli sur soi, crises de colère, chute scolaire... La CIIVISE rappelle que la majorité des enfants victimes ne parlent pas immédiatement, ils s’assurent d’abord qu’ils vont être crus et entendus. Trop souvent, les adultes attendent une preuve évidente alors qu’en matière de violences sexuelles, c’est précisément ce silence et cette invisibilité qui permettent aux auteurs de continuer. D’où la nécessité de faire évoluer la justice car les preuves ne sont pas toujours caractérisées, la parole de l’enfant doit devenir une preuve !