Votre conférence a été annulée quelques jours après les polémiques suscitées par vos prises de position sur l'antisémitisme. Doit-on y voir une volonté de faire taire non seulement Israël, mais aussi ceux qui dénoncent l'antisémitisme contemporain ?
La publication sur ma page Facebook personnelle d’un visuel du street artiste italien AleXsandro Palombo peint sur les murs de Milan représentant Hitler applaudissant avec un keffieh palestinien et un brassard « hate » qui visait à dénoncer l’antisémitisme des pro-Palestiniens a déclenché un raid numérique auprès de Meta qui a suspendu mes trois pages FB et mon compte Instagram pour violation des « standards de la communauté sur les personnes et organisations dangereuses », pas moins. Le «crime » était signé puisque j’ai ensuite été attaqué par des députés LFI, Rima Hassan, qui a même appelé à mon licenciement, Manuel Bompard et Nadège Abomangoli. Le plus terrible est que ces attaques ont été violemment relayées par plusieurs journalistes de ma rédaction, ce qui a amplifié l’écho de cette polémique misérable et tellement contraire à la liberté d’expression, fondement de la démocratie. C’est cette polémique et sans doute celles qui n’ont cessé depuis le 7/10, mes prises de position contre l’antisémitisme et l’islamisme radical ainsi que mon soutien à l’existence d’Israël étant de plus en plus insupportables à la gauche radicale, qui ont conduit une sous-directrice du ministère de la Transition écologique à annuler, le 5 juin au soir, ma conférence. Elle devait avoir lieu le 9 juin dans le cadre du « cycle supérieur du développement durable » et avait pour thème : « La résistance de l’administration communautaire au démantèlement du Green Deal »... Aucun rapport donc avec Israël ou l’antisémitisme. Je pense qu’il s’agissait, dans l’esprit de cette fonctionnaire, d’éviter des vagues. Or cette annulation a envoyé le signal que ma lutte contre l’antisémitisme posait un problème à la République ! Il est sidérant de voir que la « canceled culture », jusque-là limitée à la sphère universitaire et associative, a gagné l’administration française. Cet enchaînement de petites lâchetés, de peurs, de volonté de complaire à l’idéologie supposée dominante du moment, celle de LFI, rappelle une fâcheuse période historique.
Depuis le 7-Octobre, l’antisionisme est devenu, dans certains milieux, une grille de lecture qui conduit à disqualifier ceux qui refusent de s’y conformer. Comment l’expliquez-vous ?
J.Q. : Il ne faut pas s’y tromper : l’antisionisme, qui est la négation du droit d’Israël à exister en tant qu’État, est le masque de l’antisémitisme comme le montrent les agressions, parfois meurtrières, que subissent les Juifs de la planète. Il est sidérant que cela ne choque pas la gauche, porteuse de valeurs universalistes et humanistes. On imagine en revanche sa réaction si des musulmans étaient agressés à la suite d’un attentat islamiste sur notre sol ou à cause des horreurs commises par des régimes islamistes...
Vous vous réclamez d'une gauche universaliste. Comment expliquez-vous que, dans une partie de la gauche, la défense des Juifs soit devenue plus difficile que la défense de toutes les autres minorités ?