Le parquet de Nanterre avait requis la mise en examen de Patrick Bruel pour des faits de viols, tentatives de viol, agressions sexuelles et harcèlement sexuel concernant plusieurs plaignantes, ainsi que son placement en détention provisoire. Les juges d'instruction ont finalement retenu une autre voie : quatre mises en examen, quatre statuts de témoin assisté, un dossier prescrit et un contrôle judiciaire, sans incarcération.
Pour Me David Olivier Kaminski, cette décision illustre une justice qui a résisté aux pressions extérieures. « La justice a tenu sa ligne. Elle a distingué les dossiers dans lesquels elle estimait disposer d'indices graves ou concordants de ceux où ce n'était pas le cas. Elle a également refusé de suivre le parquet sur la détention provisoire », analyse l'avocat. À ses yeux, « la parole de la personne mise en cause a été prise en considération », comme en témoigne le fait que Patrick Bruel n'a pas été mis en examen dans l'ensemble des dossiers le visant.
L'avocat dit avoir, lui aussi, d'abord été surpris par la désignation de quatre juges d'instruction dans un dossier qu'il ne jugeait pas particulièrement complexe. Avec le recul, il y voit la volonté de « consolider une décision face à la pression médiatique », rappelant que « le tribunal médiatique n'a pas accès au dossier, contrairement aux juges ».
Alors que l'instruction ne fait que commencer et pourrait durer plusieurs années avant un éventuel procès, une autre forme de sanction semble déjà s'exercer. RFM a retiré les titres de Patrick Bruel de sa programmation, Nagui les a écartés de N'oubliez pas les paroles et d'autres diffuseurs envisagent de faire de même. Bien avant que la justice n'ait définitivement tranché, on fait progressivement disparaître l'artiste de l'espace public. Sans préjuger de l'issue de la procédure, cette mise à l'écart soulève une question de fond : la présomption d'innocence protège-t-elle encore la réputation ou seulement les droits de la défense devant les tribunaux?
Laetitia Enriquez