-Deux moments forts
Fatherland
Le prix Nobel de littérature, Thomas Mann (Hanns Zischler impressionnant) retourne en 1949 avec sa fille Erika (Sandra Huller toujours au top) dans son pays natal, l’Allemagne, qu’il avait quittée seize ans plus tôt en raison de la prise du pouvoir du parti nazi. Ils découvrent une Allemagne coupée en deux.
Après « Ida » et « Cold War », Paweł Pawlikowski continue d’explorer les bouleversements moraux d’une Europe de l’après-guerre, à travers les thèmes de l’identité, de la culpabilité, de la famille et de l’amour. Pawel Pawlikowski reprend sa beauté formelle du noir et blanc pour susciter une émotion brute et sincère.
L’abandon
Le réalisateur Vincent Garenq retrace les onze derniers jours du professeur Samuel Paty, décapité pour avoir montré les caricatures de Mahomet. À partir de la contre-vérité d’une élève, transformant ce qui s’est réellement passé en classe, sa famille influencée par un djihadiste va créer la rumeur tueuse. L’intégriste ira jusqu’à dire à la proviseure : « Si c’étaient des Juifs, vous n’auriez pas agi comme ça ». Le film s’intéresse avant tout à une mécanique du mensonge qui a enflé dans des proportions aberrantes. Antoine Reinartz incarne subtilement Samuel Paty, tout comme Emmanuelle Bercot en proviseure. La sobriété du traitement ne retire rien aux instants poignants.
-Et aussi
Club Kid
Le premier long métrage de Jordan Firstman nous plonge dans son récit semi-autobiographique d'un promoteur de soirées sur le déclin, profondément ancré dans le milieu des clubs new-yorkais nocturnes. La fête prend fin brutalement lorsqu'il découvre qu'il est père de dix enfants, dont il a désormais la responsabilité. Un récit prenant qui nous offre également un aperçu fascinant des coulisses de la vie nocturne new-yorkaise.
Tangles
Ce film d'animation de Leah Neslson en noir et blanc bénéficie d'un casting vocal exceptionnel composé d'acteurs réputés (Abbi Jacobson, Seth Rogen, Julia-Louis Dreyfus, Phil Rosenthal…) pour leurs rôles comiques. C'est peut-être l'une des raisons de l'adaptation cinématographique du roman graphique de Sarah Leavitt, qui relate le combat de sa mère contre la maladie d'Alzheimer – un sujet pourtant grave. La maladie et le vieillissement des parents sont des thèmes qui nous concernent tous, et « Tangles » nous permet, avec délicatesse et grâce, d'appréhender ce processus avec une bonne dose d'humour.
Groundswell
Demi Moore et Woody Harrelson prêtent leur voix à ce documentaire environnemental d'une importance capitale. Troisième volet d'une trilogie réalisée par Josh Tickell et Rebecca Harrell Tickell, « Groundswell » explore en profondeur l'agriculture régénératrice : des pratiques agricoles éprouvées qui régénèrent la planète et rétablissent un équilibre sain entre la Terre et ses habitants. Le film propose des solutions concrètes et un plan d'action pour l'avenir. Sa projection à Cannes s'inscrit dans le cadre de leur campagne « Un milliard d'acres ». Les partenaires de cette campagne, dont Nespresso, s'engagent à ce qu'au moins 75 % de leur chaîne d'approvisionnement agricole soit issue de l'agriculture régénératrice vérifiée ou certifiée.
Ceniza en la Boca
La mère de Lucila est enfin bien installée à Madrid et prête à accueillir légalement sa fille et son frère, originaires du Mexique. Séparée depuis huit ans, Lucila espère pouvoir enfin se décharger de certaines responsabilités et construire sa propre vie. Cependant, après avoir enchaîné les petits boulots mal rémunérés, elle se demande si les choix de sa mère étaient les bons pour elle. Un drame survient et elle doit se battre pour trouver sa place dans le monde. Anna Diaz interprète ce rôle d’une telle justesse que l’on croit sincèrement à ses difficultés de jeune immigrée en quête désespérée de stabilité.
Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Jusqu'à présent, tous les films d'horreur/slasher regorgeaient de clichés répétitifs, réducteurs et misogynes, mais ce remake d'une franchise horrifique, réalisé par Jane Schenbrun, une jeune réalisatrice queer, va tout changer. Voici le synopsis du film – mais aussi celui du film dans le film ! Notre protagoniste, interprétée par Hannah Einbinder, tente de collaborer avec la première jeune actrice du film, incarnée par l'incomparable Gillian Anderson. Ensemble, elles repoussent les limites du genre et explorent tous les thèmes d'un grand film d'horreur, sans les effets de surprise faciles. À la fois intelligent, sanglant et véritable leçon magistrale de réalisation.
-Échos de la Croisette
Les rencontres improbables
Quand Perri Gottlieb a croisé Seth Rogen dans le lobby de l’hôtel Majestic, la journaliste lui a lancé « Habonim ! ». Jeunes, ils étaient aux États-Unis dans ce mouvement de jeunesse sioniste. La star lui a répondu par un grand sourire complice. Dans la foulée, Perri a déjeuné avec une vieille connaissance, la styliste de John Travolta dans sa première réalisation « Vol de nuit pour Los Angeles ». Camille Jumelle, la costumière a confectionné à la main l'inoubliable manteau blanc à capuche, semblable à celui d'Elizabeth Taylor. Participait à ce repas, la maquilleuse Cheyenne Webster Hart qui, quant à elle, a su recréer l'atmosphère de 1962 avec un maquillage sobre, à l'image du look d'Audrey Hepburn à cette époque. Toutes les trois ont échangé des potins, mais on n’en saura pas plus.
De nos envoyés spéciaux Robert Sender et Perri Gottlieb