Vous avez récemment publié une lettre ouverte au président de la République, cosignée par 119 sénateurs, pour vous opposer à la reconnaissance d’un État palestinien qu’il souhaiterait proclamer au mois de juin. Pourquoi cette initiative ?
Roger Karoutchi : Cette lettre a d’abord été cosignée par 103 sénateurs issus de la droite et du centre. Depuis sa publication dans Le Figaro, 16 autres nous ont rejoints, malgré les vacances parlementaires. Parmi les signataires figurent notamment les présidents des groupes Les Républicains et Union centriste, ainsi que le président de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat. J’ai volontairement choisi de ne pas solliciter les groupes de gauche, parce que je connais leurs équilibres internes et je ne voulais pas les mettre en difficulté. Je sais toutefois que certains de leurs membres auraient signé sans hésiter. Nous avons rédigé cette lettre car nous estimons que les conditions ne sont absolument pas réunies pour que la France reconnaisse aujourd’hui un État palestinien. Même le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avec qui j’ai eu un long échange en commission, l’a admis. Il a reconnu que la question pouvait être débattue, mais qu’en l’état, une telle reconnaissance serait prématurée.
Quelles sont ces conditions qui, selon vous, ne sont pas réunies ?
R.K. : Elles sont nombreuses et objectives. Le 7 octobre a été un tournant : les attaques terroristes du Hamas ont révélé la brutalité de cette organisation. Depuis, des otages sont toujours retenus à Gaza. Le conflit avec le Hamas perdure, les tensions avec le Hezbollah s’intensifient au nord, et l’Iran continue de menacer Israël et la stabilité de la région. On ne peut pas faire abstraction de ces éléments. Si, d’ici juin, tous les otages étaient libérés, le Hamas définitivement écarté de Gaza, un accord de paix signé avec de nouveaux pays arabes, et le Hezbollah retiré du Sud-Liban, alors oui, une reconnaissance pourrait être envisagée. Mais soyons lucides : qui peut croire à un tel scénario en si peu de temps ? Et puis, qui gouvernerait cet État ? Certainement pas le Hamas. Et l’Autorité palestinienne, affaiblie, divisée, dont Mahmoud Abbas est à la tête depuis près de vingt ans, n’offre aucune garantie sérieuse de stabilité ni de légitimité.
Certains disent que la solution à deux États est devenue impossible. Partagez-vous cet avis ?
R.K. : Les signataires de la lettre sont partagés. Certains considèrent que cette solution est aujourd’hui irréaliste, d’autres y restent attachés sur le long terme. Mais tous s’accordent sur une chose : dans le contexte actuel, une reconnaissance unilatérale serait contre-productive. Ce n’est pas le moment. Ce serait donner un signal dangereux, comme une prime à la violence.
Que pensez-vous de la stratégie du président Macron ?