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« La décision de rappeler l’ambassadeur s’inscrit dans une logique de réciprocité »

Le rédacteur en chef du journal juif espagnol Enfoque Judío décrypte les raisons de cette décision et l’état des relations entre Madrid et Jérusalem.

3 minutes
18 mars 2026

ParLaetitia Enriquez

« La décision de rappeler l’ambassadeur s’inscrit dans une logique de réciprocité »

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Entretien

Elias Levy Benarroch : « La décision de rappeler l’ambassadeur s’inscrit dans une logique de réciprocité »

Le rédacteur en chef du journal juif espagnol Enfoque Judío décrypte les raisons de cette décision et l’état des relations entre Madrid et Jérusalem.

La décision de rappeler l’ambassadeur espagnol en Israël a été présentée comme un geste très fort. Comment l’expliquez-vous ?

 

Elias Levy Benarroch : Il faut d’abord éviter les exagérations. Beaucoup d’informations circulent aujourd’hui sur l’Espagne, souvent amplifiées par les réseaux sociaux sans être vérifiées.

La décision concernant l’ambassadeur s’inscrit en réalité dans la continuité d’une crise diplomatique qui dure depuis près de deux ans entre Israël et l'Espagne.

 Il faut rappeler qu’Israël a été le premier à abaisser le niveau de représentation diplomatique. En mai 2024, après plusieurs décisions du gouvernement espagnol, Israël a rappelé son ambassadeur à Madrid et n’en a pas envoyé de nouveau depuis. L’ambassade est aujourd’hui dirigée par une chargée d’affaires, Dana Erlich. Dans ces conditions, la décision espagnole relève aussi d’une forme de réciprocité diplomatique.

 

Comment les relations entre les deux pays en sont-elles arrivées à un tel niveau de tension ?

E. L.B. : La détérioration a été progressive. Elle s’est accélérée lorsque Pedro Sánchez a accusé Israël de «génocide » devant le Parlement espagnol. Après cela, il était devenu très difficile d’imaginer un retour rapide à des relations normales.

Des tentatives discrètes ont pourtant eu lieu. Lorsque Gideon Sa'ar est arrivé au ministère israélien des Affaires étrangères, Israël a proposé à l’Espagne d’apaiser le ton afin de permettre l’envoi d’un nouvel ambassadeur. Mais la situation s’est encore aggravée et Israël a finalement décidé de maintenir un niveau diplomatique plus bas.

 

Quelles conséquences concrètes cette crise peut-elle avoir sur les relations entre les deux pays ?

E.L.B. : Les relations politiques sont aujourd’hui extrêmement abîmées, à un niveau rarement atteint. Même à l’époque de Franco les relations politiques étaient meilleures. En revanche, il est important de souligner que les relations économiques continuent globalement de fonctionner. Les échanges commerciaux restent relativement stables, malgré la guerre. Lors du grand salon de la téléphonie mobile organisé début mars à Barcelone, une trentaine d’entreprises israéliennes étaient présentes. Dans d’autres domaines, notamment culturel et académique, l’impact du boycott est bien sûr beaucoup plus visible.

 

Tant que Pedro Sánchez et Benyamin Netanyahou resteront au pouvoir, il est peu probable que le dialogue politique se rétablisse réellement.

 

Comment la communauté juive espagnole vit-elle cette situation ?

E. L. B. : La question de l’ambassadeur, en elle-même, n’est pas le principal sujet d’inquiétude pour la communauté. Ce qui préoccupe davantage, c’est la montée de l’antisémitisme depuis le début de la guerre, dont une partie provient, selon nous, de certains discours politiques.

 

La communauté juive en Espagne est relativement petite et dispose de peu d’influence dans la société. Le Premier ministre a rencontré ses représentants après le 7-Octobre, mais il n’y a pas eu d’autres échanges depuis. Il faut toutefois souligner que la sécurité des institutions juives est assurée. Les synagogues bénéficient d’une protection policière lors des offices et des rassemblements, ce qui est évidemment essentiel pour la communauté.

 

    Propos recueillis par Laetitia Enriquez