Entretien
Elias Levy Benarroch : « La décision de rappeler l’ambassadeur s’inscrit dans une logique de réciprocité »
Le rédacteur en chef du journal juif espagnol Enfoque Judío décrypte les raisons de cette décision et l’état des relations entre Madrid et Jérusalem.
La décision de rappeler l’ambassadeur espagnol en Israël a été présentée comme un geste très fort. Comment l’expliquez-vous ?
Elias Levy Benarroch : Il faut d’abord éviter les exagérations. Beaucoup d’informations circulent aujourd’hui sur l’Espagne, souvent amplifiées par les réseaux sociaux sans être vérifiées.
La décision concernant l’ambassadeur s’inscrit en réalité dans la continuité d’une crise diplomatique qui dure depuis près de deux ans entre Israël et l'Espagne.
Il faut rappeler qu’Israël a été le premier à abaisser le niveau de représentation diplomatique. En mai 2024, après plusieurs décisions du gouvernement espagnol, Israël a rappelé son ambassadeur à Madrid et n’en a pas envoyé de nouveau depuis. L’ambassade est aujourd’hui dirigée par une chargée d’affaires, Dana Erlich. Dans ces conditions, la décision espagnole relève aussi d’une forme de réciprocité diplomatique.
Comment les relations entre les deux pays en sont-elles arrivées à un tel niveau de tension ?
E. L.B. : La détérioration a été progressive. Elle s’est accélérée lorsque Pedro Sánchez a accusé Israël de «génocide » devant le Parlement espagnol. Après cela, il était devenu très difficile d’imaginer un retour rapide à des relations normales.
Des tentatives discrètes ont pourtant eu lieu. Lorsque Gideon Sa'ar est arrivé au ministère israélien des Affaires étrangères, Israël a proposé à l’Espagne d’apaiser le ton afin de permettre l’envoi d’un nouvel ambassadeur. Mais la situation s’est encore aggravée et Israël a finalement décidé de maintenir un niveau diplomatique plus bas.