Israël

La guerre au-dessus, l’enfance en dessous

3 minutes
18 mars 2026

ParLaetitia Enriquez

La guerre au-dessus, l’enfance en dessous

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La guerre au-dessus, l’enfance en dessous

Je suis arrivée en Israël pour Pourim. Pour quelques jours, initialement. Mais la guerre a éclaté, les vols se sont arrêtés, et plutôt que de repartir via l’Égypte ou la Jordanie, j’ai choisi de rester, près des miens - nièces, neveux et tout mon peuple.

Me voilà donc depuis plus de deux semaines à Jérusalem avec les enfants, vivant au rythme des Israéliens. J’observe et j’apprends. J’apprends leur sens presque instinctif de l’anticipation, cette rigueur tranquille qui fait qu’ici, même l’urgence est organisée. Rien n’est laissé au hasard lorsqu’il s’agit de protéger la vie. Et surtout, j’apprends leur obsession presque sacrée de préserver l’enfance. Quoi qu’il en coûte.

Pourim, cette fête que les plus petits attendaient tant, s’est en partie passée dans les abris. Les écoles étaient fermées, les concours de déguisement annulés, et les costumes n’ont pas été admirés comme ils auraient dû l’être. Alors les enfants ont joué les prolongations. Plusieurs jours après la fête, ils sortaient encore déguisés. Au parc Beit Elisheva, il n’est pas rare de voir Cendrillon en haut d’un toboggan, un samouraï shooter dans un ballon, un super-héros courir avec une princesse. Un décor presque irréel, comme le reste de la vie ici, sous les missiles.

Des toboggans, des pistes de vélo, des terrains de basket et de football. Et surtout des enfants partout. Ils courent, crient, jouent ensemble. On se croirait revenus dans les années 80, quand les enfants savaient encore s’amuser sans écran : marelle improvisée, ballons qui rebondissent, courses poursuites sans fin. Puis la sirène retentit. Personne ne crie. Personne ne panique. Les aînés récupèrent les plus petits et les dirigent vers les parents, puis tout le monde descend vers l’abri. Le mouvement est presque naturel, comme si la cloche de la récréation venait de sonner.

L’entrée se trouve juste à côté du terrain de foot, près des toilettes. Quelques marches et un immense espace s’ouvre sous terre. Ce miklat n’est pas qu’un abri : c’est un monde pensé pour les enfants. Dans une salle, le gardien allume tranquillement un rétroprojecteur et lance un dessin animé. Des matelas, des poufs, des draps colorés. Les enfants s’installent comme pour une séance de cinéma improvisée. Les mères continuent d’allaiter. Les petits regardent l’écran, captivés.

Dans une autre pièce, feuilles, feutres, craies. On dessine, on lit, on câline les peluches. Bouteilles d’eau, verres en plastique et petit frigo sans doute rempli de quelques yaourts et de snacks, au cas où.

La guerre est au-dessus de nos têtes. Mais sous terre, l’enfance continue. La sirène de fin d’alerte a peut-être retenti, mais personne ne se presse. L’ambiance reste douce, presque joyeuse. Le dessin animé n’est pas encore fini. Alors certains restent.

 Ici, comme partout en Israël, l’essentiel est clair : préserver le bien-être de l’enfant. Israël, pays de l’enfant roi, dit-on parfois. Ici, cela prend tout son sens. Car cet enfant, dans quelques années, aura 18 ans. Et ce sera lui, à son tour, qui protégera son pays. Pour que d’autres enfants - déguisés en princesses, samouraïs ou super-héros - puissent continuer à courir, sauter, jouer et danser dans les parcs d’Israël. Même quand le pays est en guerre.

Laetitia Enriquez