Culture

La thématique juive

5 minutes
21 mai 2026

ParPerri Gottlieb et Robert Sender

La thématique juive

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La thématique juive

 

Nous vous avons présenté dans les précédentes éditions plusieurs films réunis sous le thème de la Seconde guerre mondiale. D’évidence, de façon plus ou moins prononcée, chacun aborde les hostilités anti-juives, de la déportation à la Shoah en passant par l’interdiction des droits les plus légitimes. Le plus frontal : « La troisième nuit » de et avec Daniel Auteuil en curé louvoyant avec une rare efficacité face aux collaborateurs et aux nazis pour le sauvetage d’enfants juifs à Vénissieux, sujet central du film. D’autres l’évoquent au regard de la période, « Notre salut » d’Emmanuel Marre, « Moulin » de Lazlo Nemes ou encore à travers l’histoire de l’Allemagne, « Le bois de Klara » de Volker Schlöndorff et « Fatherland » de Pawel Pawilikowski, tout comme le diptyque « La bataille de Gaulle ». S’il n’est pas étonnant dans « L’abandon » de Vincent Garenq qu’un djihadiste tienne des paroles antisémites, le plus surprenant demeure le nombre d’œuvres dans lesquelles apparaissent des signes ostentatoires du judaïsme, sans pour autant la moindre intrusion dans le propos, juste comme peut-être un simple clin d’œil lié aux origines des réalisateurs ou des scénaristes ou peut-être qu’une dimension nous a échappée. Dans « L’inconnue » d’Arthur Harari, on voit une mezouza et un enterrement juif, sans lien avec l’intrigue, « Tangles de Leah Neslson » parle de Hanouka et dévoile à la construction d’une houpa en vue d’un mariage en l’absence d’autres références dans le récit. « Paper Tiper » de James Gray se passe dans une famille juive, là s’arrête toute connexion à la communauté juive.  « Quelques mots d'amour » de Rudi Rosenberg, tous les prénoms sont juifs, Yoni Abigael…, vraisemblablement un choix du scénariste- metteur en scène. « L’affaire Marie-Claire » de Lauriane Escaffre et Yvo Muller l’est par l’atttude de la mère de Gisèle Halimi. Plus compréhensible, « Shana » de Lilla Pinelle, l’histoire de Shana et ses tracas au quotidien, mais qui trouve sa force grâce à ses copines. La jeune fille a une place compliquée au sein de sa famille juive, non pratiquante, qui respecte certaines traditions. Shana a du mal à se revendiquer comme juive. La transmission fonctionne à l’envers : ici on hérite non pas d’une identité, mais d’une façon de la fuir. En fait, comment dans une famille elle se fait parfois d’une façon tordue, même si l’on croit transmettre quelque chose. Ceci posé, l’héritage de la bague de sa grand-mère va rapprocher Shana de sa culture séfarade : juive et arabe. Dans le quartier où elle vit les deux sont souvent opposés. À l’occasion du seder de Pessah, le film déroule les dix plaies d’Égypte tout en donnant sens à la tradition culinaire qui symbolise la sortie de l’esclavage. Le film ne juge personne.  Même « Si je pense bien » de Géraldine Nakache, qui suit un couple de juifs pratiquants, aurait très bien pu se limiter à l’enfermement d’une femme dans un couple. La réalisatrice précise qu’elle a campé son histoire dans le judaïsme pour traiter ce qu’elle connait, et montrer comment finalement le judaïsme libère aussi la femme. Même si souvent les signes juifs sont simplement présents, sans pour autant les comprendre, pour nous, en fait, comme les acteurs, ils jouent un rôle.

 

Film du jour

 

​Minautore

 

Le film d'Andreï Zviaguintsev s'ouvre en Russie sur une famille réunie autour d'un repas. Observés de l'extérieur de leur maison, ils adoptent une attitude distante et froide qui imprègne tout le film. Gleb, directeur d'une compagnie maritime, et sa femme Iris, solitaire, vivent une relation conjugale tendue. Au moment même où il découvre l'infidélité de sa femme (On pense immédiatement à un remake de « La femme infidèle » de Claude Chabrol), il est contraint de dresser une liste de quatorze de ses employés à enrôler dans la guerre contre l'Ukraine. Peu à peu, avec une froideur presque palpable, le meurtre et la corruption s'installent. Au sein du foyer comme dans la société en général, le film dénonce l'effondrement des fondements de l'ordre établi. Le cinéaste exilé de Russie, vivant en France, donne aussi un coup de griffe à son pays d’origine à la suite de son agression contre l’Ukraine.

 

Échos de la Croisette

 

White Lotus à Cannes

 

La Croisette n'est pas seulement le théâtre des avant-premières de films ! La série américaine à suspense « White Lotus » est actuellement en tournage, de nuit, sur le tapis rouge, et les promeneurs du front de mer auront peut-être la chance d'apercevoir quelques scènes filmées. Chaque saison suit un nouveau groupe de clients et d'employés d'un hôtel de luxe pendant une semaine. Mystère et meurtre sont omniprésents. Cette saison, le réalisateur Mike White avait écrit un rôle pour Helena Bonham Carter, mais l'actrice s'est désistée assez rapidement. Laura Dern, la fille de l'acteur Bruce Dern et de l'actrice Diane Ladd, également présente à Cannes pour la première du documentaire « Dernsie » consacré à son père, l'a remplacée avec brio. Mercredi soir, lors de l'avant-première, Dern a gravi les marches aux côtés de son père et de sa fille.

 

Jacques Attali

 

 L’ancien sherpa de Mitterrand a fondé la Semaine du cinéma positif à Cannes avec cet état d’esprit toujours présent dans la 11ème édition : « Il est clair qu’on ne peut plus se contenter de divertir : il faut aussi éveiller les consciences, qu’il s’agisse, des enjeux sociaux et économiques, de l’environnement, des droits des femmes, la cause la plus urgente à défendre à travers le cinéma notamment dans des pays comme l’Afghanistan, l’Iran et le Soudan ».

 

Alain Goldman

 

Le producteur de « La rafle » annonce l’achat par Canal+ de « Lost paradise ». Une série en huit épisodes, écrite par Yehonatan Indursky (« Shtisel ») et réalisée par Alon Zingman (« Shtisel ») qui a l’ambition de capter l’histoire d’un shtel à travers un crime. Cette saga tournée en yiddish, en hébreu, et en anglais, débute en 1860 en Lituanie, et retrace la vie des ashkénazes.